Moment de l'histoire : L’origine de la chambre de commerce jérômienne

À l’occasion du 125 e anniversaire de notre organisme, Histoire et Archives Laurentides vous partage souvenirs, anecdotes et moments marquants de notre histoire.


 

Il est difficile d’imaginer que la création d’une chambre de commerce à Saint-Jérôme remonte à 125 ans! Pourtant, c’est bel et bien à l’aube du XXe siècle, soit le 21 avril 1899, que se tenait la première assemblée officielle de l’organisme aujourd’hui connu sous le nom de Chambre de commerce et d’industrie Rivière-du-Nord.


L’idée de ce regroupement de gens d’affaires avait tout de même mis quelques années à se concrétiser. Dès le printemps 1895, le journal Le Nord rapportait que la mise en place d’une telle association serait un atout pour Saint-Jérôme, encore que son rôle serait sensiblement différent de celui qu’on lui connaît aujourd’hui. Jugez-en vous-mêmes :

« Il nous faudrait une métropole des cantons du Nord, tel que le regretté curé Labelle l’avait rêvé, enfin, il nous faudrait quelqu’un qui achetât nos produits à taux fixés d’avance, c’est-à-dire que St-Jérôme établit une chambre de commerce. Cette chambre nommerait des inspecteurs des produits que les marchands des campagnes leur enverraient et ensuite elle se chargerait de les vendre et d'en retourner l'argent à qui de droit…»


Trois ans plus tard, en 1898, le projet se précisait. « C’est devenu un vieux cliché de dire que Saint-Jérôme marche de progrès en progrès. Le dernier réalisé sera la formation à brève échéance d’une chambre de commerce dont les marchands de cette ville agitent depuis quelque temps la question. Notre chiffre d’affaires à Saint-Jérôme a augmenté considérablement par l’adjonction des nouvelles industries du caoutchouc et de la fabrication des cigares; des trains nombreux sillonnent la ligne du nord, et il ne se passe guère d’heure que nous n’entendions le sifflet de quelque locomotive traînant une suite interminable de wagons chargés de bois, de farine et autres marchandises. Bref, Saint-Jérôme a pris un développement tel que nos marchands ont senti le besoin de s’organiser (…) », lit-on dans L’Avenir du Nord du 10 juin 1898. «  La ville de Saint-Jérôme ne stationnera pas en arrière », conclut le texte avec emphase!


 

Légendes des photos :
Charles Godmer, premier président de la chambre de commerce.
Source : Histoire et Archives Laurentides, Collection SHRN,P005,S07,SS02,D04
Photographe : inconnu
Date : inconnue

Extrait du journal L’Avenir du Nord du 28 avril 1899.


Charles Godmer à la présidence

Un mois plus tard, en présence d’une trentaine « d’hommes d’affaires », une assemblée préliminaire à ce sujet avait lieu dans l’épicerie de Pierre Simard. Charles Godmer, propriétaire d’un « magasin de nouveautés », est choisi pour présider la rencontre, tandis que le notaire Joseph-Édouard Parent agit comme secrétaire. Le 3 décembre 1898, la nouvelle chambre obtenait sa charte fédérale et, cinq mois plus tard, le 21 avril 1899, elle prenait officiellement son envol, avec l’élection de ses premiers officiers.


Charles Godmer est unanimement élu à la présidence. Personnalité en vue, il avait été maire de la ville à deux reprises, de 1886 à 1887, puis de 1891 à 1893, et il le sera d’ailleurs de nouveau de 1901 à 1903. La vice-présidence est confiée à l’épicier Pierre Simard, tandis que le notaire Parent conserve son rôle de secrétaire. Ce dernier démissionnera toutefois dès le mois suivant pour être remplacé par le maître de poste Édouard Marchand. 


Parmi les autres élus de cette assemblée de fondation, on retrouve le maire Stanislas-Jean-Baptiste Rolland, directeur de l’importante usine de papier jérômienne, et l’avocat Wilfrid Bruno Nantel, conseiller municipal, ainsi que futur maire et député fédéral.


Des Jérômiens s’impatientent


L’organisme naissant se propose de « mettre à l’étude sans retard les questions vitales qui intéressent le commerce et, conséquemment, le progrès de la ville ». Concrètement, on évoque entre autres les problèmes d’éclairage et d’entretien des rues et trottoirs.


Malgré ces nobles ambitions, certains estiment que la nouvelle chambre met trop de temps à agir. « Notre chambre de commerce dort-elle son dernier sommeil? », questionne L’Avenir du Nord du 16 juin. « Notre chambre de commerce a-t-elle cessé d'exister? Que font donc les officiers ? Pourquoi ne se réunit-on pas? », renchérit deux semaines plus tard l’autre hebdomadaire jérômien, Le Nord.


Dès le mois de juillet pourtant, l’organisme commence à multiplier les interventions, notamment en matière de transport ferroviaire. Ainsi, on insiste auprès de la compagnie du Grand Nord, qui exploite un chemin de fer entre Saint-Jérôme et Sainte-Julienne, pour qu’une gare soit implantée au cœur de la ville. 


Un projet de tramways électriques!!


Des démarches sont aussi menées auprès de la compagnie Pacifique pour faire diminuer les tarifs de transport de marchandises. « Le croirait-on? Les taux sont plus élevés entre notre ville et Labelle qu’entre Montréal et ce dernier endroit », rapporte L’Avenir du Nord au 14 décembre 1899. La chambre semble néanmoins peu confiante d’avoir gain de cause dans ce dernier dossier. « Comme on le voit, nous n'avons pas grand'chose de bon à espérer de cette compagnie de chemin de fer. Il n’y a que la compétition qui puisse forcer le CPR à diminuer ses taux exorbitants ». 


Pour alimenter cette compétition, les gens d’affaires jérômiens ont même l’idée de créer une « ligne de tramways électriques » entre Montréal et leur ville! « Si quelques gros capitalistes vouIaient se charger de la besogne, nous croyons qu'on pourrait en quelques années avoir une ligne de tramways qui paierait beaucoup. Le projet est hardi, sans doute, mais en cette fin de siècle, il est permis de tout oser ».


Vraiment, la toute jeune Chambre de commerce de Saint-Jérôme ne manquait pas d’ambition!


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